Astrid Lecarpentier
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Je me lance, après quelques temps d’hésitation…
Je devais choisir une personne proche pour un exercice d’entretien et d’écriture. Je n’osais pas…
J’ai finalement proposé à mon père de se prêter au jeu en racontant son service dans la Marine nationale.
Je l’ai souvent entendu parler de son départ, des anecdotes, notamment lors de diaporamas : les fameuses diapositives qui nous faisaient vivre et revivre les vacances ou autres évènements, comme au cinéma.
Il a accepté, ne sachant pas, au premier abord, quoi raconter, ni par où commencer.
Nous avons pris rendez-vous pour une séance d’entretien d’une heure en visio, produisant les conditions d’entretien avec mes futurs clients.
Je suis à la fois fière et émue d’aborder cet entretien, de saisir cette chance de permettre à mon père de poser ses mots sur le papier, tels une trace de ces années qui semblent si lointaines aujourd’hui.
L’exercice est court : une heure, mais les informations et les anecdotes reprennent vie en flots qui vont, viennent, se croisent, s’alimentent les uns les autres.
Je capte ces instants de partage, de mémoire qui se faufile dans le temps et revient à la surface.
Je prends plaisir à écouter et voyager à nouveau avec mon père sur le croiseur, direction la Grèce ou le Maroc.
Je me revois enfant à absorber les mots et les images des diaporamas, à rêver de voyages.
À l’issue de l’entretien, vient le temps de la restitution : écoute de l’enregistrement, une fois, puis deux, afin de revenir dans l’histoire, de regrouper les sujets, imaginer les titres.
Un peu perdue, comme devant une copie de devoir de français, je commence enfin l’écriture : voulant rester le plus fidèle possible aux mots entendus, je me lance dans la retranscription, en écoutant encore l’enregistrement, puis je relis, et modifie des passages, en essayant de ne pas m’éloigner, ni dénaturer le récit. Naviguer de l’oral à l’écrit n’est pas si simple : des ajustements sont nécessaires pour rentrer dans le monde de l’écriture et de la lecture tout en gardant la voix du narrateur.
Nous échangeons sur nos lectures, corrections et idées, par message et visio à nouveau. Les coquilles apparaissent, nous essayons de les attraper.
Je prends plaisir à relire, échanger, vivre le récit.
Je commence à rentrer dans mon rôle de biographe, à m’enrichir de l’histoire, à mesurer encore plus l’importance du récit de vie, de ce qu’il apporte, ce qu’il permet, et surtout ce qu’il crée : des souvenirs immuables du passé, mais aussi pour nous deux des souvenirs de partage, de co-création, de complicité.
Je suis heureuse d’avoir sauté le pas, d’avoir osé proposer cet entretien, d’avoir vécu ce temps d’échange qui a confirmé une chose : je veux raconter des histoires, les transmettre, leur permettre de vivre encore et toujours au coeur des familles.
Merci Papa.